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  • Photo du rédacteurNathalie

Posséder moins pour vivre mieux ?

De l'ère de la possession à l'ère de l'utilisation


Les "30 glorieuses", années fastes qui ont succédé à la seconde guerre mondiale, synonyme de privations, ont voué un culte à la consommation venue des Etats Unis.

Le plan Marshall, qui finançait l'Europe pour se reconstruire (et lutter contre le communisme!) comportait certaines contreparties d'achats de produits électroménager américains. Le rêve américain a alors déferlé sur l'Europe : voitures, électroménager, loisirs... Je consomme donc je suis !


Le cultissime film de Jacques Tati, "mon Oncle", pointait en 1958 le fossé qui se creusait entre la famille Arpel, fière de sa maison moderne et toute équipée, et la maison poétique et bringuebalante de M. Hulot (nous en reparlerons plus en détail dans un prochain article !)


Dans les années 70, les crises du pétrole ont mis un frein à la surproduction de produits en plastique, et certains ont pris conscience du ridicule de la situation et du besoin de questionner notre rapport aux objets.

Œuvre Pop Art de Duane Hanson, « supermarket shopper », en 1970



Trop de possessions tuent le bonheur ?

Voici un extrait d'un article de Courrier International (2005) qui donne à réfléchir :


"Les études sur les rapports entre le bonheur et la richesse matérielle des psychologues américains E. Diener et D. Myers, rapportées par l’American Psychological Association (APA), soulignent que “les individus sont plus heureux s’ils vivent dans les pays riches plutôt que dans les pays pauvres. Cependant, une fois qu’ils ont assez d’argent pour subvenir aux besoins de base comme la nourriture, un toit, etc., l’argent ne contribue pas beaucoup à améliorer leur bonheur. Ni les hausses de la croissance économique nationale, ni les augmentations de revenus personnels n’ont beaucoup d’effet sur le bien-être personnel des citoyens.”

La recherche va plus loin en montrant que ceux qui “adhèrent aux messages de la culture de consommation ressentent moins de bien-être personnel.

Selon une étude récente, les individus qui déclarent que “l’argent et la popularité sont relativement importants à leurs yeux obtiennent moins de satisfaction dans la vie, moins d’expériences d’émotions plaisantes et sont atteints de plus de dépression et d’anxiété”.

Des résultats similaires ont été démontrés pour une variété de groupes d’âge et de populations à travers le monde. En outre, cette étude suggère que “la lutte pour la richesse nuit aussi aux relations sociales et favorise des comportements non écologiques”.

En réaction à cette réalité, on constate que beaucoup de gens essaient d’adopter un mode de vie qui leur permet de libérer du temps plutôt que de viser l’acquisition de biens matériels. Ils sont soutenus par l’idée que l’augmentation du temps libre apporte plus de bonheur et de sens à la vie."


Article à mettre en relation avec cette citation d'Épicure :

"L’homme qui ne se contente pas de peu ne sera jamais content de rien”

Cette recherche du bonheur plus que de la possession matérielle me fait penser au petit royaume du Bhoutan, niché au cœur de l’Himalaya, qui refuse "la dictature du produit intérieur brut (PIB)" et de la croissance économique à tout prix, en proposant un nouvel indicateur de richesse : le bonheur national brut (BNB).

le royaume du Bhoutan


J'abordais dans un récent article ces CSP+, professions intellectuelles qui gagnaient bien leur vie à courir à longueur de journée, et qui changeaient complètement de vie pour devenir artisan, pour trouver du sens dans leur production, et pour prendre le temps tout simplement.

A l'opposé du "travailler plus pour gagner plus", Travailler moins, même pour gagner moins, est une tendance forte.


L'engouement pour les TINY HOUSE ou les VAN en est un autre aspect :

Vivre avec moins, mais vivre libre !

Guillaume Dutilh [CC BY-SA]



Les millenials, génération Z en quête de sens, privilégient une vie remplie d’expériences plus que de routine et de possessions.

Ils sont les premiers à souhaiter profiter de l’usage sans les tracas de la possession (entretien, réparations, rachat éventuel...) pour rester libre.


C'est une tendance très forte, que nous retrouvons dans de nombreux exemples:


- De plus en plus d'enseignes proposent leurs produits en location :

IKEA a annoncé vouloir lancer dès 2020 dans une trentaine de pays dont la France, un nouveau service de location de mobilier.

Ligne Roset lance de son coté son offre de LOA (location avec option d'achat) pour les meubles de plus de 15000€ :"Un nombre de plus en plus grand de clients, dont beaucoup nous sont très fidèles, nous demandaient s'ils pouvaient louer plutôt qu'acheter", précise Antoine Roset, le directeur marketing de l'enseigne.


- De nouveaux services de location d'oeuvres d'Art voient le jour. Ainsi l'Artothèque de Nantes propose des oeuvres d'art en location livrées à domicile. Certains utilisateurs témoignent de leur engouement pour ce service : "S'offrir une œuvre, c'est très compliqué pour moi. Il faut avoir un budget, je ne l'ai pas. Là ça me coûte 10 euros par mois, c'est-à-dire rien, une place de cinéma".

Cela permet aussi de changer de décoration librement, selon ses envies.


- Hausse du leasing de voitures : l'usage de la voiture sans les tracas de l'entretien ou de la revente. En 2017, selon les chiffres de l’association française des sociétés financières (ASF), trois financements de voitures neuves particulières sur quatre (73 %) ont été réalisés en France grâce au leasing. Soit quasiment un tiers de plus qu’en 2013, où il ne représentait que 42 % des financements.


- Engouement très important pour les offres de logements meublés et équipés : Le locataire pose ses valises sans tracas, car tout est déjà en place et les abonnements sont déjà pris (électricité, gaz, internet, voire même assurance locative).


- Baisse des achats des résidences secondaires et hausse des locations sur des plateformes de type AirBNB : la liberté de louer sa maison de vacances où on veut dans le monde !


- Hausse des locations de vêtements, de bijoux ou de sacs luxueux pour une soirée (ex : "Rent the Runway" aux états Unis)


Au Japon, plusieurs agences proposent même de louer des amis, des invités, des parents, des enfants ou encore des époux !

Pour tromper la solitude, sauver les apparences, l''entreprise "Family Romance" propose un service de location d'amis. Elle permet à ses clients de "bien figurer sur les réseaux sociaux, et de montrer qu'ils ont une vie sociale bien remplie".

L'entreprise permet de louer des amis pour une soirée, ou bien des invités pour un mariage. Il est possible de choisir le sexe, l'âge et même les habits de son ami(e) d'un jour.


Court reportage pour en savoir plus :



Et demain, ne pourrions nous pas partager plus que louer ?


Le collectif DROOG design apporte un élément de réponse en questionnant la traditionnelle clôture entre voisins.

Plutôt qu'élément de séparation, elle devient élément de partage d'objets tels qu'outillage, arrosoirs... privilégiant ainsi l'échange plus que la méfiance.

Me Myself & You / "Share Fence" by NEXT ARCHITECTS / Milan / 2001


96 vues1 commentaire

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1 Comment


djabri.hafsa
Feb 05, 2020

Superbe article, bravo !

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